lundi 15 juin 2009

" Des recherches sur les infections de la grippe par voie aérienne ont été publiées dès 1974 par le service de santé de l’armée française"


http://www.infogm.org/spip.php?article2216

Le cas de la France

Très peu d’informations sont disponibles sur les expériences de génie génétique dans le programme français de biodéfense. Certains indices suggèrent qu’au moins deux agents d’armes biologiques ont été produits par les moyens du génie génétique par des chercheurs du Centre d’études du Bouchet (CEB) au début des années 90. En 1991, des chercheurs du CEB ont présenté une production de toxine de serpent à l’échelle pilote lors d’une conférence aux États-Unis sur la biodéfense. Selon cet exposé, le gène de l’Erabutoxine A., provenant d’un serpent marin asiatique, a été introduit dans des bactéries E. coli afin de produire cette toxine à l’échelle pilote (8). Cette étude a été présentée comme un exemple de travail “d’évaluation de la menace”. Selon les titres de deux présentations faites par des chercheurs du CEB, cet organisme s’est engagé à la fin des années 90 dans la production et la purification de “toxine epsilon” (9) vraisemblablement la toxine létale de Clostridium perfringens. Le rapport annuel 1998 de l’Unité bactéries anaérobies et toxines de l’Institut Pasteur, qui a collaboré avec le CEB dans la production de toxines clostridiales, déclare : “la toxine epsilon pourrait être utilisée comme une arme biologique et le Service de Santé de l’Armée s’intéresse à cette toxine. Des études de pharmacologie de cette toxine ont été entreprises au CEB. En collaboration avec le CEB, nous étudions l’expression et la régulation de la toxine epsilon (...) Nous avons transféré ce gène [pour la toxine epsilon] dans différents vecteurs navettes E. coli-C. perfringens (...) et nous avons transformé des souches de E. coli et de C. perfringens non toxiques (...). Nous avons obtenu ainsi une souche produisant environ 10 fois plus de toxine epsilon que la souche sauvage...” (10). Donc, en coopération avec le CEB, le gène d’un agent au potentiel d’arme biologique a été inséré dans des souches non pathogènes afin de produire 10 fois plus de cet agent que les souches naturelles. Dans une autre étude mentionnée dans le même rapport annuel, une toxine produite par C. perfringens a été insérée génétiquement dans une autre souche et a été produite avec une concentration de 40 à 80 fois supérieure à celle de la souche sauvage. Dans le même laboratoire, des études sur (et des transferts de gènes avec) des gènes de la toxine botulique ont également été réalisées par un chercheur invité venu du centre des forces armées US pour la biodéfense médicale, l’USAMRIID.

L’objectif général de ces recherches sur les venins reste peu clair. La plupart des toxines étudiées sont des neurotoxines, et de nombreuses études neurologiques ont été réalisées, incluant l’analyse des effets neurotoxiques de venins bruts, des recherches fondamentales sur les mécanismes de la toxicité, sur les effets d’une toxine de poisson sur l’activité du cerveau (11), et sur les effets comportementaux de mycotoxines (12). Une vaste gamme de toxines de serpents a été étudiée au CRSSA, dont la dendrotoxine, la paradoxine, la crotoxine, et l’ammodytoxine (13). Il est notable qu’un élément constant des travaux français de biodéfense a été et reste les recherches sur la grippe. La grippe est le seul virus sur lequel travaille le CEB. Des recherches sur les infections de la grippe par voie aérienne ont été publiées dès 1974 par des chercheurs du service de santé de l’armée française (14). Plus récemment, le CEB et l’hôpital militaire HIA Bégin, en collaboration avec des chercheurs universitaires, étaient impliqués dans plusieurs projets se concentrant sur le développement de traitements possibles contre les infections de la grippe propagées par voie aérienne (15). Un des volets de ce travail est la surinfection par d’autres pathogènes d’animaux infectés par la grippe (16). Selon une publication récente, une “souris modèle d’infection par le virus létal de la grippe A” a été créée pour ces expériences. Ce type de recherches n’est pas exceptionnel, et les personnels militaires sont autant sujets aux infections par la grippe que le public en général.Unprogramme militaire de recherches sur le traitement de la grippe ou sur sa prophylaxie peut aisément être justifié. Il faut noter, cependant, que le CEB est un complexe dédié à la biodéfense et que l’hôpital militaire Bégin est l’une des trois principales institutions militaires de recherches en biodéfense Il est donc prudent de présumer que ces recherches sur la grippe se consacrent spécialement à la défense biologique. Bien que le virus de la grippe puisse réellement être une arme biologique efficace - en particulier si l’on considère des souches modifiées génétiquement portant des gènes de la souche mortelle de 1918 (17) - il n’est pas, d’un point de vue militaire, le principal agent viral d’armes biologiques. La plupart des experts considèrent d’autres virus tels qu’Ebola, Lassa ou la variole comme des menaces biologiques majeures (18). La question reste ouverte de savoir pourquoi la communauté militaire française de biodéfense a maintenu une attention spéciale sur la grippe, au moins de 1974 jusqu’à aujourd’hui.

8, “Expression of erabutoxin-a gene in Escherichia coli cultivated in pilot fermenter”, P. Silvestre et al., US Army CRDEC Scientific Conference on Chemical Defense Research, 19-22 novembre 1991, livre d’extraits, p 27. 9, Conférences données par Didier Hilaire, MRC françaises 1998, page 230, et Valérie Morineaux, MRC 1999, page 49. 10, www.pasteur.fr/recherche/RAR/RAR1998/Anaer.html 11, “Anomalies électroencéphalographiques chez le rat après administration de venin de poisson-pierre (Synanceia verrucosa)”, Breton P. et al., (1999), Extrait d’une affiche au Colloque SFET 1999. www.sfet.asso.fr/resumbreton.htm 12, “Effects of penitrem A on rat’s performances in passive avoidance and Morris water maze test”. Mycopathologia 138:99-104. Breton P. et al., (1998) Brain neurotoxicity of penitrem A : electrophysiological, behavioural and histopathological study”, Deschaux O. et al., (1997) , Toxicon 36:645-655. 13, “Secreted phospholipase A2-induced neurotoxicity and epileptic seizures after intracerebral administration : an unexplained heterogeneity as emphasized with paradoxin and crotoxin”, Dorandeu F. et al., (1998), J Neursc Res 54:848-862. 14, “Local immune response in experimental airborne influenza of Balb/c mice infected with myxovirus influenza A/Hong-Kong/1/68 (H3N2)”, Lemercier G. et al., (1974), Arch Gesamt Virusforsch. 45:113-121. Bottex C. et al. (1977) “Affinity chromatography purification of surface antigens from Myxovirus influenzas”, C R Hebd. Seances Acad Sci Ser D 284:2059-2062. 15, “Effective prophylaxis of influenza A virus pneumonia in mice by topical passive immunotherapy with polyvalent human immunoglobulins or F(ab’)2 fragments”, Ramisse F. et al., (1998), Clin Exp Immunol 111:583-587. Dreffier C., Ramisse F., Dubernet C. (2003) “Pulmonary administration of IgG loaded liposomes for passive immunoprophylaxy”, Int J Pharm 254:43-47. 16, “Super-infection by Bacillus thuringiensis H34 or 3a3b can lead to death in mice infected with the influenza A virus”, Hernandez E. et al., (2000), FEMS Immunol Med Microbiol 29:177-181. Alonso J.M., Guiyole A.., Zarantonelli M.L., Ramisse F., Pires R., Antignac A., Deghmane A.E., Huerre M., VanderWerf S., Taha M.K. (2003) “A model of meningococcal bacteremia after respiratory superinfection in influenza A virus-infected mice”, FEMS Microbiol Let 222:99-106. 17, Pour une discussion de la résurrection génétique du virus de la grippe espagnole de 1918, voir la page d’accueil du site www.sunshine-project.org. 18, Cf., par exemple, les listes d’agents de bioterrorisme du CDC, qui inscrivent en catégorie A uniquement les filovirus (Ebola, Marburg) et les arenavirus (tels que Lassa). 19, www.smallpoxbiosafety.org

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