vendredi 11 septembre 2009

"La grippe est peut-être passée par le porc mais pour l'instant il n'existe aucune preuve, et le virus n'a pas pour l'instant été isolé chez l'animal"




Grippe porcine»: un «abus de langage» aux «conséquences graves»

http://www.liberation.fr/monde/0101564703-grippe-porcine-un-abus-de-langage-aux-consequences-graves

NICOLAS CHAPUIS, Libération, 29 avril 2009

Si tout le monde s'accorde à dire que le nouveau virus est une grippe, quel adjectif faut-il lui accoler? Grippe porcine? Mexicaine? Nord-américaine? Nouvelle? Le débat est virulent. Et pour cause: de multiples intérêts sont en jeu.

Pour éclairer le débat, nous avons interrogé Jean-Philippe Derenne, chef du service pneumologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, et coauteur de Pandémie, la grande menace.

Peut-on parler d'épidémie de «grippe porcine» ?

Le virus A/H1N1 ne peut pas être appelé grippe porcine, car c'est une grippe inter-humaine. Il a en fait une structure très originale en trois parties, l'une porcine, la deuxième aviaire, et la troisième humaine.

La grippe est peut-être passée par le porc, mais pour l'instant il n'existe aucune preuve, et le virus n'a pas pour l'instant été isolé chez l'animal. Pour ce que l'on connait du virus actuellement, il se transmet d'homme à homme.

Il ne faut donc pas parler de grippe porcine car il n'y a aucune preuve scientifique et que cela peut avoir de graves répercussions, comme pour les coptes par exemple (NDLR, en Egypte, pays musulman, la communauté chrétienne des coptes qui élève des cochons est mise en cause par des responsables religieux, accusée de véhiculer la maladie).

Pourquoi le porc est-il mis en cause?

Car ce virus a trois parties (voir plus haut). Cela reste possible que la recombinaison du virus se soit faite chez le porc, comme on l'a déjà vu dans l'histoire. Dans le cas de la grippe de Hong Kong (H3N2), le virus contenait 6 protéines humaines et deux protéines de canard. La recombinaison des deux s'est faite chez le porc.

Cet animal est en fait très propice à ce genre de recombinaison pour trois raisons:

Le porc est sensible au virus de la grippe.

Contrairement à d'autres espèces où on observe un taux de 100% de mortalité à des infections grippales, le porc survit, et seuls 1 ou 2 % de la population vont mourir.

Enfin le porc semble capable de porter, de façon saine, d'anciens virus, et de les recombiner.

Cependant, encore une fois, il n'y a aucune preuve qui permette d'accuser le porc, comme le souligne très justement l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

Comment faut-il appeler ce virus?

L'appellation grippe porcine est un abus de langage de la part de l'OMS, qui sème la confusion. Pour ma part, le mieux est l'appellation de «grippe nord-américaine», qui renvoie au foyer géographique, comme dans les précédentes épidémies, grippe espagnole, de Hong Kong etc.

Il n'est pas tout à fait correct par ailleurs de dire «grippe mexicaine» car on n'est pas sûr que le foyer se trouve réellement au Mexique, avec de nombreux cas aux Etats-Unis et au Canada.

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