samedi 28 novembre 2009

Bernard Dugué: "Ces mutations étaient connues depuis plus d’un mois mais nul n’en avait parlé"



Mutation du virus H1N1, vous allez tous crever… à moins que…

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mutation-du-virus-h1n1-vous-allez-65757

Il y a une semaine, les médias annonçaient une mutation du virus H1N1 en Norvège. Trois cas décelés. Voilà maintenant que l’InVS annonce également le décès de deux Français porteurs du virus H1N1 muté, le même qu’en Norvège paraît-il. Du coup, une panique se dessine, enfin, tout dépend, c’est vite dit. Dieu merci, les Français sont assez éclairés pour ne pas céder à la peur mais suffisamment inquiets pour se précipiter dans les centres de vaccination. Au point que la ministre Bachelot en appelle au sens civique. Faites-vous vacciner mais dans le calme et le bon ordre, les femmes et les enfants d’abord… Je voulais dire, les personnes prioritaires d’abord !

Un analyste détaché de la question observe le déroulement de cette pandémie grippale. Il réfléchit un peu et se dit que ces histoires de mutation arrivent au bon moment, servant d’adjuvant émotionnel pour renforcer la prise de conscience des patients et les conduire vers les centres de vaccination, un adjuvant qui s’ajoute au données statistiques des décès que les autorités présentent sous un angle, disons, un peu affolant. Augmentation de 80 % des décès en Europe. On passe de 60 à 70, ou 80 en France Au vu des tendances, la grippe fera moins de morts que sur la route mais elle fera plus de peur. Ne voyez pas d’ironie dans ces propos mais juste une interrogation. Ces mutations étaient connues depuis plus d’un mois mais nul n’en avait parlé. L’InVS vient de sortir l’information sans aucune précision mais en indiquant que le lien entre la mutation et le décès n’était en aucune manière établi. Un détail important en effet, mais que les médias de masse que sont Le Monde, Le Figaro ou Libé se sont bien employés à occulter. Finalement, Yahoo s’est révélé bien plus sérieux dans son traitement de l’information que tous ces grands journaux, signalant du reste que les décès notifiés incluent des cas probables. Le mieux est de s’en amuser. Au bout du compte, nous allons tous crever. C’est pour cela que le moral des ménages remonte et que la consommation repart, les achats représentant la dernière cigarette des condamnés que nous sommes. Mais le scénario ne se passera pas ainsi. Nous allons vivre, alors pourquoi pas tenter de le faire intelligemment et de mettre un peu de raison dans cette panique organisée par les experts.

Moi qui ait été scientifique et qui sait comment fonctionne la science, je vais essayer de donner quelques indications sur la production des résultats et conclusions. La science étant empirique, elle nécessite un long travail de collecte de données, issues du terrain exploré, ou alors des expériences de laboratoire. Une fois les faits empiriques recueillis, en nombre suffisant, des théories, des modèles, des résultats chiffrés, sont élaborés, consignés dans des publications qui sont envoyées et soumises à un comité de spécialistes habilités à les valider, les refuser, ou demander quelques expériences supplémentaires, quand ce n’est pas une ouverture de la discussion à des arguments contraires. Bref, cela prend du temps. Or, dans le contexte de la panique pandémique, les experts scientifiques divulguent des faits sporadiques, assortis d’interprétations bien fragiles, sur une mutation et sur une hypothétique protection du vaccin envers ce nouveau virus mutant. Autant le dire, c’est du grand n’importe quoi. Et même une entorse à la discipline qu’est l’épidémiologie dont les conclusions reposent sur une collecte de milliers, voire millions de cas recensés. Spéculer sur deux ou trois mutations et cinq décès et tirer quelques conclusions est une absurdité que n’importe quel étudiant en épidémiologie peut déceler. Mais nos experts ne se soucient peu des règles de leur discipline. Dans le contexte d’un affolement, tout est permis. La science n’en ressort pas grandie, la société non plus. Ces experts qui ont en charge ce dossier de la pandémie sont devenus fous. Ce n’est plus de la science mais carrément de la superstition. C’est dire l’état de régression où nous sommes parvenus. La pratique scientifique et médiatique comme signe crépusculaire de la pandémie de peur propagée par les médias de masse.

La mutation du H1N1 peut au moins être comprise par une autre discipline qu’est la virologie. On sait que virus de la grippe mute et d’ailleurs, les virus sont rarement identiques au point que les virologues tentent d’établir les liens phylogéniques sur la base d’homologies calculées sur les différents virus (exemple ici). Il y a les mutations par réassortiments, assez aisées à détecter, et les mutations par glissement. Une ou deux bases d’ARN modifiées et c’est un nouveau virus grippal parmi les millions, voire milliards qui circulent. Les résultats de virologie demandent de la patience. Alors autant dire que ces informations divulguées sur ces mutations H1N1 n’ont aucune valeur, pas plus en virologie qu’en épidémiologie. Au vu des possibilités statistiques, on peut trouver quelques combinaisons entre un décès et la présence d’un virus muté. C’est comme au loto. Une combinaison gagnante. Mais nous savons très bien que si le voisin gagne 50 000 euros, nous sommes presque certains de ne pas gagner, sauf si nous y croyons. Pour cette mutation c’est pareil. Il n’y a aucune raison de croire que ce virus mutant va se propager et nous décimer. Mais les experts et les médias ont décidés de supposer que ce pourrait être possible. Preuve s’il en est que nous sommes bien dans un processus de croyance et non plus de science. Un crépuscule de civilisation et un acharnement thérapeutique de la machine sanitaire. Confirmation des thèses que j’ai développées dans mon livre « H1N1 la pandémie de la peur », paru aux éditions Xenia.

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