lundi 11 janvier 2010

La campagne de peur et d'intimidation touche à sa fin, il faut refourguer les vaccins que personne ne veut au tiers monde

Alexandra Gonzalez, France Soir, lundi 11 janvier 2010

http://www.francesoir.fr/sante/2010/01/11/grippe-a-dissimulation.htm

lLe député socialiste de Haute-Garonne Gérard Bapt, rapporteur du budget de la santé, accuse la ministre de la Santé d'avoir manqué de transparence dans la gestion de l'épidémie de grippe A.
Le député-maire, qui dispose de pouvoirs d'investigation grâce à sa fonction de rapporteur spécial de la mission santé pour la commission des finances de l'Assemblée nationale, reproche à la ministre d'avoir caché aux médecins généralistes l'existence de stocks de vaccins en seringue unitaire, et retardé l'annonce de vente de vaccins à l'étranger.

FRANCE-SOIR. Comment et quand avez-vous appris que la France allait revendre des vaccins à l'étranger ?
GERARD BAPT. Le 28 décembre dernier, je me suis décidé à appeler le cabinet de Madame la ministre Roselyne Bachelot, car des rumeurs insistantes rapportées par la presse faisaient état de ventes de vaccins à l'étranger. Le cabinet a formellement démenti, évoquant seulement quelques contacts pris, et ajoutant même qu'ils attendraient que les livraisons en cours soient terminées pour prendre une décision. C'est donc avec stupeur que j'ai découvert le 3 janvier que des ventes de vaccins avaient déjà été opérées au Qatar et en Egypte.

Quand ces contrats ont-ils été signés ?
Le contrat de 300.000 vaccins avec le Qatar a été signé fin novembre, et ils ont été livrés en décembre. A l'heure actuelle, la vaccination avec ces doses a déjà eu lieu. Et le contrat avec l'Egypte de 2 millions de doses a été signé le 4 janvier. Ce qui signifie que le 28 décembre, lorsque j'ai posé des questions, le cabinet de la ministre ne m'a pas dit la vérité. Depuis, j'ai demandé des explications, et il m'a été répondu qu'il s'agissait de secrets commerciaux dont on ne pouvait me parler trop tôt. Le bouquet final a été l'annonce officielle le 4 janvier de la ministre de résilier 50 millions de doses de vaccins sur les 94 millions demandées.

Les médecins généralistes pourront vacciner à partir de demain. Pourquoi pas avant selon vous ?
Cela fait un certain temps que j'insistais auprès des autorités pour que les médecins généralistes soient associés à cette campagne. L'un des arguments pour s'y opposer était le conditionnement des vaccins, composés de dix doses : il m'avait été expliqué que si le médecin n'avait pas dix personnes à vacciner lorsqu'il utilisait un pack, des doses seraient gâchées. Or, jeudi dernier, quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai découvert lors d'une visite à l'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) qu'il y avait 800.000 doses en seringue unitaire Novartis, stockées depuis le début du mois de décembre ! Ces doses, semblables à celle de la grippe saisonnière, auraient très bien pu servir à certains généralistes pour vacciner plus tôt les personnes isolées qui ne pouvaient pas se déplacer. Alors que l'on prétendait que c'était impossible, on aurait pu commencer à protéger une partie de la population. Lorsque j'ai demandé pourquoi ces stocks n'avaient pas été utilisés, on m'a répondu qu'ils ne voulaient pas « surcharger les médecins généralistes ». Il y a eu de la dissimulation et de l'incohérence.

La ministre a évoqué 350 millions d'économie sur les 712 millions dépensés grâce à la résiliation des 50 millions de doses. Confirmez-vous ces chiffres ?
Non, ce sera forcément moins, car la France va devoir payer des indemnités aux laboratoires. Lorsqu'un établissement public rompt un contrat avec une entreprise, il y a soit un dédommagement qui est négocié entre les deux parties, soit un contentieux. En Allemagne et en Belgique, on s'orienterait vers la solution de payer aux laboratoires 10% des commandes annulées.

L'Etat pourrait s'engager à acheter des vaccins aux laboratoires lors de futures épidémies en échange d'un renoncement à ces indemnités, et même verser des arrhes, qu'en pensez-vous ?
Si cette information est avérée, ce serait politiquement destructeur. Cela poserait un problème de légalité car il existe des procédures de marché public dont l'Etat ne peut s'affranchir. Ensuite, cela viendrait renforcer les accusations de collusion entre l'Etat et les laboratoires pharmaceutiques.

Les laboratoires ont-il eu un droit de regard sur les conditions de revente des vaccins à l'étranger ?
Bonne question, je ne sais pas exactement. Quand on reprend le contrat de vente pour l'Egypte, on voit qu'il a été fait avec Vacsera, l'équivalent de l'Eprus, ratifié par son PDG, le Dr Mohammed Hassan Rabie. Il y a une clause qui dit qu'en aucun cas, l'Eprus ne pourra être tenu pour responsable, ou recherché comme tel, des éventuels dommages que pourraient subir les produits ou leurs utilisateurs, pour tout motif survenu après la mise à disposition du pays acheteur.

Savez-vous si d'autres pays ont été approchés pour racheter les vaccins français ?
Des contacts avaient été pris avec le Mexique, mais le Canada leur en aurait offert. Ensuite, l'Ukraine, le Maroc ont été contactés également. Mais cela va devenir très difficile, car le marché est quasi-saturé. Je pense en revanche qu'il serait opportun que la France offre une partie de ses stocks à des pays dans le besoin, notamment les pays francophones.

Edition France Soir du lundi 11 janvier 2010 page 1

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