dimanche 24 janvier 2010

La presse est brusquement devenue très prudente dans ses prévisions sur l'évolution de la grippe


Souvenez vous il y a quelques mois, les estimations les plus alarmistes quant à la mutation du virus et les millions de morts qui allaient s'en suivre étaient publiées dans la presse "sérieuse" avec le sceau de la scientificité. Toutes ces prévisions avaient une fâcheuse tendance à coincider avec la période de commande des vaccins par les gouvernements (juin) ou avec leur livraison pour l'emploi (novembre). Aujourd'hui la science se montre brusquement beaucoup plus modeste dans ses prévisions médiatiques "les prévisions restent impossibles pour les trois mois à venir", reconnaît Bernard Régnier, que le virus mute ou non." La science médiatique admet également que l'on ne sait pas ce que représentent les chiffres des morts que les mass média nous matraquent depuis huit mois avec la complicité des autorités sanitaires, étant donné que les systèmes de comptages sont différents de ceux de la grippe saisonnière...


La grippe A n'a pas été plus intense en France que les dernières épidémies saisonnières, Paul Benkimoun, Le Monde, 24.01.10


A l'occasion de son congrès, qui s'est déroulé à Paris du mercredi 20 au vendredi 22 janvier, la Société de réanimation de langue française (SRLF) a rendu public un premier bilan de la pandémie grippale A(H1N1). La SRLF estime que la vague pandémique "a été, en France et au plan clinique, comparable à l'intensité des vagues hivernales des deux décennies précédentes". "En revanche, elle a été différente en affectant des personnes jeunes et de par la nature des formes graves requérant la réanimation", indique la SRLF, qui fait référence aux "grippes malignes", où le virus est directement responsable d'une pneumonie.


Le professeur Bernard Régnier (service de réanimation médicale et infectieuse, hôpital Bichat, Paris) a établi ce premier bilan au 18 janvier. Les systèmes de surveillance coordonnés par l'Institut de veille sanitaire suggèrent que de 3 à 6,5 millions de personnes auraient présenté une forme clinique de grippe au cours des quatorze semaines qu'aura duré l'épidémie en France, avec un pic à la mi-décembre. Selon Bernard Régnier, on peut considérer "qu'entre 20 % et 30 % de la population métropolitaine serait immunisée", un pourcentage proche du seuil où la population bénéficie d'une immunité collective.

POSITION MÉDIANE

La courbe des décès dus à la grippe A (H1N1) en France occupe une position médiane en Europe : moins forte qu'en Espagne et surtout au Royaume-Uni, mais plus accentuée qu'en Italie, Allemagne ou Pologne. D'emblée, la SRLF effectue une mise en garde : "Il n'est pas possible de comparer la mortalité du A (H1N1) avec celle des formes saisonnières (de grippe)." Le professeur Régnier souligne que, dans le cas de la vague pandémique, les admissions en réanimation et les décès ont été comptabilisés par les cliniciens, contrairement aux grippes saisonnières, pour lesquelles les épidémiologistes font une estimation de l'"excès de mortalité".

Au 15 janvier, 1 198 patients atteints par le virus A(H1N1) avaient été admis en réanimation en France, et 258 étaient décédés. "La surmortalité imputée à la grippe hivernale est estimée à au moins 2 500 décès par an", rappelle la SRLF, qui recommande d'"attendre des évaluations consolidées afin de comparer". Le nombre d'hospitalisations en réanimation est inférieur aux extrapolations qu'avait avancées, en novembre, la Société de réanimation, qui tablait alors sur un total de 1 800 à 2 000 admissions et sur 285 décès. 20 % des personnes hospitalisées en réanimation ne présentaient pas de facteurs de risque. Les deux tiers des malades grippés ont eu besoin d'une assistance respiratoire et 8 % étaient des personnels soignants, selon une analyse de données partielles, portant sur 449 admissions.

Le bilan montre "l'étendue de nos lacunes sur de nombreux aspects de la grippe", à commencer par celles sur les "déterminants de la circulation virale dans une population et les stratégies de maîtrise ou d'atténuation". Les formes graves de la grippe sont "mal connues", et la SRLF recommande d'intégrer le recueil des données à ce sujet au système national de surveillance, y compris pour les formes saisonnières. Elle considère "important d'analyser la gestion de cette pandémie par les pouvoirs publics". Si elle estime "approprié" l'essentiel des mesures décidées, elle invite à s'interroger "sur les stratégies de nature à permettre une bonne adhésion de la société", qu'elle juge "déterminante".

Les réanimateurs constatent qu'actuellement il n'existe pas de "prémices d'une seconde vague", mais que "le A (H1N1) continue de circuler activement dans la plupart des continents". De ce fait, "les prévisions restent impossibles pour les trois mois à venir", reconnaît Bernard Régnier, que le virus mute ou non. "Il semble probable que ce A(H1N1) circulera à l'occasion des prochaines vagues saisonnières", conclut la SRLF.

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