mardi 12 janvier 2010

L'enquète du Canard enchaîné sur la collusion de l'industrie pharmaceutique, de l'OMS et de l'Agence européenne du médicament


"Les experts en cagoule de la grippe A", Brigitte Rossigneux, Le Canard Enchaîné, mercredi 6 janvier 2010.


"L'alerte à la pandémie mondiale passée, en quelques semaines (d'avril à juin) du niveau 4 au niveau 6, c'est l'OMS. La mobilisation générale contre le virus H1N1, encore l'OMS. Le tocsin qui sonne pour une hécatombe annoncée, les recommandations de vaccination massive, toujours l'OMS. L'Organisation mondiale de la santé, dont le siège se trouve à Genève, n'a cessé de dispenser ses conseils à tous les gouvernements. Conseils qui s'appuyaient sur les avis éclairés de bataillons d'experts internationaux.

Mais qui sont-ils au juste, ces oracles écoutés, dont les consignes font autorité? Si incroyable que cela paraisse, l'identité des 18 sommités qui composent le "Comité d'urgence" pour la grippe A de l'OMS reste secrète.Quand on en demande la liste, plusieurs semaines et quelques coups de téléphone plus tard, la réponse officielle tombe par courriel: "Les noms de ces personnes sont"retenus" ("withheld", en anglais dans le texte)."

Serait ce pour jeter un voile pudique sur leurs "conflits d'intérêts", c'est à dire leur éventuels liens économiques avec les laboratoires et fabricants de vaccins? Pas du tout répond sans rire l'Organisation mondiale. Si elle ne les publie pas, c'est pour empêcher que ces grosse têtes ne subissent "les pressions de toutes les parties en présence". En somme, l'anonymat garantirait leur liberté de jugement. L'opacité comme gage d'indépendance, plutôt original!

Cabinet secret

Ces experts étant nommés par la directrice de l'OMS, qui pioche dans les listes de candidats fournies par les Etats membres, "Le Canard" a interrogé le ministère de la Santé, à Paris. Histoire d'obtenir au moins le nom des spécialistes envoyés par la France. Encore raté. "Adressez-vous à l'OMS", bottait en touche, la semaine dernière encore, la cabinet de Bachelot.

En dehors du "Comité d'urgence", spécialement créé pour le H1N1, l'Organisation mondiale de la santé est assistée par d'autres groupes d'experts permanents. Ainsi le Strategic Advisory Group of Experts on Immunization conseille l'OMS sur les stratégies à adopter en matière de politique vaccinale. L'identité de ses membres apparaît bien sur le site de l'OMS. Mais l'information s'arrête là. Aucune "déclaration publique d'intérêt". Ces hommes de science seraient-ils de purs esprits? Pas tout à fait. Parmi eux, un Finlandais qui bosse pour Novartis, un Jamaïcain qui a reçu une "allocation de recherche" de Merck, le virologue français Bruno Lina, dont les travaux sont largement subventionnés par les labos, et un chinois glouton de Hong Kong qui émarge à la fois chez Sanofi, Baxter et GSK. Tous fabricants de vaccins, forcément. En France, comme le racontait "Le Canard" dès le 2 septembre dernier, 10 des 13 chercheurs du Comité contre la grippe -celui-là même qui conseille Bachelot- travaillaient avec ou pour les labos.

Cette confusion des genres, un virus très contagieux dans le petit monde de la recherche, a contaminé aussi l'Agence Européenne du médicament, installée à Londres. C'est cette dernière qui a donné son feu vert pour l'autorisation de mise sur le marché des vaccins. Mais pas une seule "déclaration d'intérêt" ne figure sur le site de cette organisation concernant les 13 personnes qui composent le groupe de travail sur les vaccins.

Sollicitée par "Le Canard", le 27 novembre, et relancée moult fois, l'Agence n'avait toujours pas donné de réponse le 5 janvier.

Circulez, il n'y a rien à voir, et allez vous faire vacciner."

B.R.

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