jeudi 7 janvier 2010

"Nos autorités sanitaires et politiques ont décrété une sorte d'état d'urgence médiatique autour de cette question"


Grippe H1N1: les journalistes se défaussent, les autorités trinquent

Marie-Dominique FOLLAIN, Agence France Presse, Paris, 6 janvier 2010
http://www.france24.com/fr/20100106-grippe-h1n1-journalistes-faussent-autorit-s-trinquent

Journalistes et spécialistes des questions de santé de radios et de grandes chaînes de télé se défendent d'avoir cédé à l'emballement dans le traitement médiatique de la pandémie de grippe H1N1, pointant la stratégie de communication du ministère de la Santé.

"Nous avons participé, pas plus, mais pas moins que les autres à la trouille ambiante", juge aujourd'hui Hélène Cardin, journaliste sur France Inter. "Je ne vois pas de quel droit j'aurais caché le taux de mortalité au Mexique ou le fait qu'aux Etats-Unis des femmes enceintes mouraient", souligne-t-elle dans une interview à l'AFP.

Depuis mai, la couverture médiatique de la pandémie en France a été souvent critiquée parce que jugée démesurée.

"Nos autorités sanitaires et politiques ont décrété une sorte d'état d'urgence médiatique autour de cette question. Dès lors, on est obligés de s'y conformer", renchérit le directeur de la rédaction d'Europe 1, Laurent Guimier dont l'obsession était "de ne pas participer à un emballement". Pour preuve, la station n'a pas bousculé ses programmes ni consacré une journée spéciale à la pandémie.

Difficile toutefois de prendre du recul. "A partir du moment où vous avez un point de presse tous les jours, non seulement du ministère de la Santé mais du ministère de l'Intérieur avec Brice Hortefeux parlant de vaccination, comment aller dire à votre direction: +non je n'y vais pas+ ?", convient Hélène Cardin qui parle "d'échec complet de la communication du ministère".

Pour le sociologue Michel Setbon, directeur de recherche au CNRS, la communication gouvernementale ne s'est pas emballée tout de suite. La difficulté pour les autorités était de choisir une option de départ: la pandémie va-t-elle tuer beaucoup de gens ou ne sera-t-elle qu'une grippette ?

"Le plus gros problème est de n'avoir pas été en mesure de réviser la stratégie de communication au fur et à mesure des données qui tombaient", note-t-il jugeant qu'il allait "falloir en tirer certaines leçons".

Une analyse partagée par Michel Cymes, qui présente présente chaque jour "Le magazine de la santé" avec Marina Carrère d'Encausse sur France 5.

"Au début, le traitement médiatique était très clair, factuel, informatif, on vulgarisait très bien. Tout s'est emballé quand le vaccin est arrivé et qu'on a commencé à se polariser sur des effets secondaires potentiels ou des annonces spectaculaires", explique-t-il.

Comme son confrère Michel Cymes, Alain Ducardonnet médecin consultant pour les JT de TF1, s'est déclaré "intégralement favorable à la vaccination". Il considère avoir rempli un rôle pédagogique, tout en restant nuancé.

Refaisant l'historique de la pandémie, Alain Ducardonnet compare la stratégie gouvernementale de communication à un plan militaire en temps de guerre. "Le problème est que la quasi totalité des différentes phases du plan a été appliquée alors que l'épidémie n'était globalement pas au rendez-vous", explique-t-il.

Pour lui, "la révision stratégique a été un peu tardive", d'où "la distorsion de communication avec les médecins généralistes" écartés de la vaccination dans leurs cabinets. "Du coup", soutient-il, "il y a eu une véritable scission entre, d'un côté, l'Etat avec toutes ses armes et, de l'autre, des troupes qui ne voyaient pas la légitimité de ce que racontait l'Etat".

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