samedi 23 janvier 2010

New England Journal of Medicine: le virus descend d'une souche de la grippe de 1918, relâchée par un accident de laboratoire dans les années 1970




"Lazare", un mutant ancêtre de la grippe A
, Gilbert Charles, L'express, 21/08/2009


Une fuite de laboratoire aurait fait ressurgir le virus de la grippe espagnole. Un ancêtre du H1N1, responsable de l'épidémie actuelle.

Et si la grippe avait été provoquée par une erreur humaine ? Cela pourrait ressembler à l'une de ces théories conspirationnistes qui fleurissent sur Internet. Et pourtant, cette hypothèse n'a rien de saugrenu: selon une étude publiée le 16 juin dans le très sérieux New England Journal of Medicine, le virus responsable de la grippe actuelle descend d'une souche de la grippe espagnole de 1918, relâchée dans la nature à la suite d'un accident de laboratoire, dans les années 1970. Des chercheurs de l'université de Pittsburgh (Pennsylvanie) ont mené une véritable enquête policière pour arriver à cette conclusion, en reconstituant l'histoire du virus depuis un siècle, à travers les mutations et recombinaisons de son génome. Une souche qui mériterait le nom de Lazare, car elle ne cesse de disparaître et de renaître.

Un virus en mutation continue

Après avoir fait 50 millions de victimes au début du XXe siècle, le H1N1 a continué de circuler de façon endémique jusqu'en 1957, puis s'est éteint complètement, remplacé par d'autres souches de grippe saisonnière. Personne n'en entend plus parler pendant vingt ans, jusqu'à ce qu'une étrange épidémie se déclenche, en janvier 1976, parmi des soldats d'une base américaine, à Fort Dix (New Jersey): 230 militaires tombent malades, l'un d'eux décède. Les analyses montrent qu'il s'agit d'un nouveau type de H1N1, issu d'une souche de fièvre porcine qui sévit de façon endémique dans les élevages de la région.

Le gouvernement de Gerald Ford s'affole et lance une grande campagne de vaccination: 40 millions d'Américains reçoivent leur injection, mais 532 développent un syndrome de Guillain-Barré, une maladie auto-immune provoquée par les effets secondaires du vaccin, et 32 en décèdent. L'opération décidée dans la précipitation est un désastre inutile: la souche s'est révélée moins agressive qu'une grippe saisonnière et elle ne semble pas s'être répandue au-delà de la base militaire du New Jersey.
Entre 1917 et 1920, la grippe espagnole a tué 20 millions de personnes dans le monde. Ici, des Parisiens munis de masques.

Un virus voyageur

Pourtant, quelques mois plus tard, en novembre 1977, une autre épidémie de grippe touche l'Union soviétique, Hongkong et le nord de la Chine. Surprise: c'est encore un virus H1N1, différent de celui de Fort Dix, mais très proche de celui de la pandémie de 1918, que l'on croyait éteint! Les similitudes sont telles qu'il ne peut s'agir que d'une souche conservée dans un congélateur, qui n'aurait pas évolué pendant deux décennies. "Nous ne pouvons pas identifier le coupable, mais la résurgence du H1N1 en 1977 semble avoir été provoquée par l'homme", conclut Shanta Zimmer, un des auteurs de l'étude.

Depuis cette date, le virus n'a cessé de circuler, sous de multiples variantes, animales ou humaines. Près de la moitié du génome de la souche de 2009 comporte ainsi des éléments de la fameuse grippe espagnole de la fin de la Première Guerre mondiale.

Une grippe à origines multiples?

Qui pourrait l'avoir remise en circulation? Les soupçons se portent du côté de la Russie ou de la Chine, où a démarré la pandémie de 1977, mais les responsables sanitaires de ces pays démentent fermement. Les Américains pourraient aussi avoir leur part de responsabilité. L'épidémie de Fort Dix a provoqué une panique qui a occupé pendant des mois les premières pages des journaux outre-Atlantique. L'événement a attiré l'attention des épidémiologistes du monde entier et a suscité une vague d'études scientifiques sur le H1N1, poussant les biologistes à ouvrir la boîte de Pandore en ressortant des échantillons de la souche de 1918 conservés dans les frigos des laboratoires.

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