lundi 12 avril 2010

Paul Flynn (Conseil de l'Europe) "Cela pourrait bien devenir l'un des plus gros scandales qui ait jamais existé en matière de santé"


Grippe A : « la prochaine fois qu'on criera au loup au sujet d'une pandémie, elle ne sera pas prise au sérieux »

Paris, 29 mars 2010 – « La prochaine fois qu'on criera au loup au sujet d'une pandémie, l’immense majorité de la population ne la prendra pas au sérieux » : voici le message donné aux participants d'une audition parlementaire consacrée au traitement de la pandémie de grippe A (H1N1), organisée à Paris par la commission des questions sociales, de la santé et de la famille de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE).

« Une pandémie ne saurait être ce que l’OMS choisit de déclarer à son sujet. S'il s'avère que les déclarations de Wolfgang Wodarg, ancien membre de l'APCE -indiquant que l'annonce de la pandémie avait été décidée pour permettre à l'industrie pharmaceutique de réaliser davantage de bénéfices- se confirment, cela pourrait bien devenir l'un des plus gros scandales qui ait jamais existé en matière de santé », a précisé Paul Flynn (Royaume-Uni, SOC), rapporteur de l'APCE sur cette question.

Les participants ont également déploré l'incapacité de l'OMS à revoir sa position au sujet de la pandémie et ont mis en garde contre une éventuelle répétition des événements si aucun enseignement n'était tiré de cette situation. « Le monde n'a plus confiance en l'OMS, mais ce type d'instance est indispensable et il faut par conséquent qu’il redevienne crédible », a ajouté M. Flynn.

Il a rendu hommage au rare courage dont a fait preuve la ministre polonaise de la Santé, Ewa Kopacz, qui avait refusé d'être prise en otage par l'industrie pharmaceutique et n'avait pas commandé de vaccins. Elle a déclaré que les bénéfices des entreprises pharmaceutiques ne devaient pas primer sur les citoyens.

Elle a invité instamment l'OMS à réexaminer sa position et à abaisser le niveau d'alerte pandémique. Elle a également dénoncé le manque de solidarité dont on fait preuve les États européens lorsque la pandémie s'est déclarée, ainsi que l'absence de coordination à l'échelon de l'Union européenne. Marc Gentilini, expert en maladies infectieuses et ancien président de la Croix-Rouge française, regrette qu'il n'existe aucune politique européenne de santé et a demandé la constitution de ce qu'il a appelé une Europe de la Santé : « les responsables politiques ne peuvent se retrancher abusivement derrière le principe de précaution », a-t-il indiqué.

Le chercheur médical Tom Jefferson, de la Collaboration Cochrane, a souligné que la démocratie parlementaire représentait le meilleur moyen d'éviter que les intérêts privés ne prévalent sur la souveraineté des États : « nous pouvons avoir confiance en l'efficacité du dispositif de surveillance assuré par la démocratie. La santé publique ne peut se fier aux avis des experts privés », a-t-il mis en garde, en faisant remarquer que les soi-disant experts n'avaient pas surgi de façon aléatoire, mais qu'ils avaient été « créés de toutes pièces et promus au rang de grands leaders de l'opinion publique ».

Michèle Rivasi, membre du groupe parlementaire des Verts au Parlement européen et qui demande la constitution au sein de ce dernier d'une commission d'enquête sur le traitement de la « pandémie de grippe », a donné des exemples de ce qu'elle appelle « la chronique d'une pandémie annoncée », en dénonçant la précipitation avec laquelle l'OMS avait annoncé la pandémie. Elle s’est d'ailleurs interrogée sur la transparence de l'OMS dans cette affaire, en ajoutant qu'une collaboration entre l'APCE le Parlement européen s'imposait en la matière.

Les participants ont également regretté que l’OMS, qui y avait été invité, n'ait pas accepté de prendre part à cette deuxième audition.

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